L’art abstrait cet inconnu qui fait peur

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Adulé ou décrié, admiré ou honnis, l’art abstrait fait débat, et débat tranchant, depuis longtemps. Qu’il me soit permis ici de l’adoucir…

Vous n’aimez pas l’art abstrait ?  Vous n’y comprenez rien ? Il vous laisse froid ? Il y a sûrement une part de responsabilité de l’art conceptuel dans votre réaction.

En art tout court, ce qui compte, c’est la réalisation, le résultat. C’est ce que vous pourrez admirer et juger sur le plan de l’esthétisme et/ou de la pertinence. En art conceptuel (né entre 1965 et 1975), l’important c’est l’idée, la réalisation, elle, étant accessoire. En vérité, l’art conceptuel pourrait même se passer de l’objet. Hors cette idée, on se garde bien, la plupart du temps, de vous l’expliquer, vous laissant seul face à l’objet. D’ailleurs, pour certains artistes, moins vous saisirez le sens de tout cela et plus cela vous éloignera d’une certaine élite intellectuelle dans laquelle, pauvre sous-résidu d’ignare que vous êtes, vous n’avez aucune place. A moins d’un effort intellectuel frisant l’entorse neuronale.

Forcément, parfois lâché seul et innocent devant  bas de femme descendant du plafond, seau remplit de bouse de vache, sang répandu sur un mur, jeté énergique de peinture sur toile blanche…..Vous avez un peu l’impression d’être pris pour un con.  En réalité c’est hélas parfois le cas, car si l’idée seule compte, et que l’on ne vous l’a pas expliquée, le message ne passe pas, l’idée disparaît, et rien n’est transmis.

L’art conceptuel a ainsi tué l’abstrait dans l’esprit du public, en décrétant souvent qu’il ne pouvait y avoir que deux types de spectateurs : le génie ou l’ignare.

Je ne renie pas ici l’art conceptuel, car il peut être porteur de bonnes idées, de bons concepts, et de belles réalisations. En revanche, vous l’aurez compris, je ne crois pas que l’on puisse se permettre de conceptualiser sans expliquer, sans informer. Et par-dessus tout, je ne crois pas qu’il soit pertinent de considérer son public comme un ramassis de crétins incultes, car c’est le meilleur moyen de favoriser la désertion des musées, et des galeries.

Ceci étant dit, l’art abstrait ne s’est pas bien défendu non plus devant l’écrasant maelström du conceptuel. Car de nombreux abstraitistes, de ceux qui éprouvent difficulté à parler d’eux, ou de ceux qui se disent que dériver vers le conceptuel c’est vendre,  oublient de dire l’essentiel : en art abstrait il n’y a rien à expliquer ! Il n’y a pas de message ! Il ne s’agit que de contempler, d’aimer ou de ne pas aimer pour être un amateur d’art abstrait éclairé.

Dans un monde où l’on analyse tout, décortique tout, réfléchit tout pour nous (et souvent à nos dépens), l’art abstrait conserve une part de magie que l’on ne trouve plus guère que dans la musique ou dans un coucher de soleil. Une part d’inexplicable qui nous incite à ressentir des émotions parfois extrêmement fortes devant quelque chose que l’on ne comprend pas. Bien sûr, pour éprouver cet inexplicable, il faut déjà prendre le temps de regarder…

Prenez donc le temps, à l’occasion, et même si vous êtes « allergique » à l’art abstrait de regarder vraiment quelques toiles. Il s’en trouvera bien une un jour qui vous fera changer de regard. Et encore plus si vous détestez l’art abstrait, car détester, c’est déjà ressentir.

Contentez-vous donc d’apprécier les couleurs, les compositions, les formes, car le vrai secret de l’abstrait, c’est que l’œuvre sera créée deux fois : par la main de l’artiste d’abord, puis dans vos yeux et dans votre âme. Enfin, gardez à l’esprit qu’aimer l’abstrait ne fera de vous ni un idiot, ni un génie, mais seulement quelqu’un de sensible.